Le chateau de Villers dans la presse / L’Union 30/7/2012

Demeures d’exception / Le poétique château de Villers-en-Argonne

Partager

Publié le lundi 30 juillet 2012 à 11H0

Le château de Villers-en-Argonne a appartenu à la famille d’Adelbert de Chamisso, célèbre poète allemand né… dans le village voisin. Fascinés par le personnage et l’histoire du lieu, les époux Landman lui ont offert une renaissance.

Certains lieux ont une âme. Même cachée derrière une déco kitch ou une façade rafistolée, cette âme transparaît et prend toute la place. En découvrant le château de Villers-en-Argonne pour la toute première fois au début des années 90, les époux Landman n’ont pas eu le coup de foudre pour sa beauté extérieure.
Malmenée par la Seconde Guerre mondiale – durant laquelle le village a été détruit à 80 % -, la bâtisse ne payait pas de mine. A l’intérieur, le caractère XVIIIe de la maison était difficile à deviner derrière les carrelages aux couleurs criardes.
Dans le parc, toutefois, des arbres plusieurs fois centenaires et un exceptionnel pigeonnier redonnaient du charme à l’ensemble. Ce n’est pourtant pas ce qui a conquis le cœur de Johannes Landman. Féru d’histoire, l’ancien ambassadeur des Pays-Bas a surtout été fasciné par celle du lieu et de la famille qui en a longtemps été la propriétaire. « J’ai passé des étés aux archives de Châlons-en-Champagne pour retracer l’histoire du domaine. La famille Chamisso a été dans ce château depuis la moitié du XVIIe siècle. » Avant cela, trois autres propriétaires se sont succédé. La première partie du bâtiment date des XVIe et XVIIe siècle tandis que l’aile gauche a été construite au XVIIIe.

Deux hêtres tortillards

Au XVIIe siècle, la famille Chamisso possédait trois châteaux en Argonne. Elle tint sa célébrité du destin peu commun d’Adelbert. Né en 1781 à Boncourt, château dont il ne reste plus guère de trace à Ante, le jeune garçon quitte la France avec sa famille au lendemain de la Révolution.
En Allemagne, il sera militaire puis écrivain, poète et enfin botaniste. Le talent de cet autodidacte sera unanimement célébré. Pourtant, sa vie n’était que paradoxes. Français en Allemagne et Allemand en France, il résumait ainsi sa condition : « Je ne suis nulle part de mise, je suis partout étranger ».
Voilà qui ne pouvait que résonner aux oreilles d’un diplomate natif de La Haye et profondément francophile. Avec son épouse et leurs enfants, Johannes Landman a rendu au château son lustre d’antan. Dans le parc – éreinté par la tempête de 1999 qui a abattu 500 arbres sur les 6 hectares du domaine -, deux incroyables hêtres tortillards se cachent sous leur feuillage.
Pour faire partager leur passion pour le lieu mais aussi le terroir, les Landman ont ouvert des gîtes dans les anciennes dépendances. Ils sont loués presque toute l’année, essentiellement à des touristes étrangers qui se régalent des trésors naturels et culturels de l’Argonne.

Stéphanie VERGER